Quand tout est à recommencer

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En examinant les résultats de ce second tour de l’élection rectorale, on est forcément interpellé par le score du candidat « Personne » qui arrive en deuxième position et ne permet pas de conclure, alors que le résultat est par ailleurs très clair. Comment l’interpréter ? Voici quelques réflexions sur le sujet.

« Personne » est un candidat qui ne peut déplaire ni par ses antécédents, ni par sa personnalité, ni par ses prises de positions, ni par son activité sur les réseaux sociaux, ni par son programme.

« Personne » a été très clairement soutenu par Eric Pirard, candidat éliminé au premier tour. Il est difficile d’y voir d’autre objectif que celui, déjà déclaré, de revenir dans la course dans la nouvelle procédure qui va être lancée. C’est se servir du deuxième tour pour remettre en cause le premier, peu importe si c’est au détriment du fonctionnement de l’Institution.

« Personne » a fort probablement aussi bénéficié du ton donné au débat du deuxième tour dans l’exposé introductif explosif d’Albert Corhay : neuf minutes trente (sur dix) d’attaques personnelles après lesquelles un débat « normal » n’était plus possible ; les vidéos méritent d’être vues et revues. Tentative désespérée pour gagner une élection de toute évidence perdue, ou acte de sabordage visant la destruction de tout qui s’oppose à lui ?

Les attaques ? Je prendrai un seul exemple parmi les moins ad hominem. Pour Albert Corhay, je « perdrais le fil de mes idées » parce que, dans mon programme, à propos du très réel problème de mobilité vers le Sart-Tilman, je propose « La promotion de projets de transport alternatif, en particulier une liaison par téléférique entre le futur tram et le Sart-Tilman. ». Or, ce projet est sérieusement examiné par la ville de Liège, ce qui a été confirmé par le Bourgmestre lui-même. Aussi, l’exemple d’un projet similaire en cours de réalisation à Toulouse montre clairement que cela n’a rien d’utopique.

Il y a un autre élément crucial qui, à mes yeux, a également contribué au vote « à personne » : la confiscation des échanges libres nécessaires et l’analyse approfondie et comparative des programmes et de la capacité à les mettre en œuvre, dans une campagne dont les débats ont été trop cadrés.

Alors, quand tout est à recommencer, on se met à l’ouvrage sans tarder. Avec mon équipe, nous mettrons les mois qui nous séparent du nouveau scrutin à profit pour écouter, expliquer, dialoguer et développer davantage les actions et politiques que nous voulons mettre en œuvre. C’est ainsi que nous construirons ensemble, avec vous, pour l’Université de Liège.

Mon message pour l’Université de Liège

Ci-dessous, la vidéo de mon intervention de conclusion après un dernier débat marqué par les attaques tous azimuts, mais sans projet, du recteur en place, Albert Corhay.


L’ensemble des vidéos du débat sont disponibles ici (accès réservé aux membres de l’Université de Liège)

L’Université a parlé

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Le verdict des urnes est tombé et il porte un message d’espoir qui résonne en moi : une large majorité de la communauté universitaire veut une Université forte dans sa région comme dans le monde et qui, libérée des lourdeurs, retrouve fraîcheur et vitalité.

Le programme que j’ai présenté porte des messages très clairs sur le positionnement de notre Université, l’allégement de son fonctionnement, le sens et le plaisir que chacun doit retrouver dans son travail, la confiance qu’il faut restaurer et l’adhésion à un projet enthousiasmant que nous devons partager. Je suis convaincu que le mettre en œuvre répondra aux attentes exprimées.

Pour cela j’ai réuni une équipe qui combine renouveau et expérience. Le renouveau apporte des questionnements, des idées, des rêves. J’aime cela, ayant toujours cherché à penser hors du cadre, à mettre en place des solutions nouvelles, à bousculer les idées reçues, à contester le prétendument immuable. L’expérience apporte la capacité à concrétiser rapidement les projets et à éviter les obstacles à leur mise en œuvre. J’aime aussi cela, étant naturellement pragmatique et ayant appris à me méfier des excès et à susciter l’adhésion pour paisiblement aller collectivement de l’avant.

Après ce premier tour, la fin de la période électorale est en vue et les conditions sont réunies pour repartir dans une université apaisée, corrigeant ses erreurs, avançant sans hésitations inutiles et agissant dans une transparence motivée rassurante. C’est cela que je veux, que nous construisions ensemble pour l’Université de Liège.

L’histoire d’une équipe – A Team’s Story

**** English translation below*****

Chers membres de l’Université de Liège,

Si je me présente à l’élection du Recteur avec une équipe réunie sous la bannière « Ensemble pour l’Université de Liège », c’est le résultat d’une volonté commune de  changer notre Université. Chacune et chacun, dans notre métier et dans des fonctions à responsabilités, avons fait le constat que la direction prise n’était pas la bonne et que résister individuellement n’était pas suffisant. Alors, nous nous sommes unis.

Nous voulons une université forte, qui se présente avec confiance, qui décide sans constamment hésiter, qui soit juste envers ses membres, qui donne du sens au travail de tous et qui soit rayonnante et exemplaire. C’est ainsi qu’elle remplira pleinement sa mission au service de nos étudiants, de notre région et qu’elle aura sa place dans le monde.

Ces dernières semaines, très nombreux sont ceux qui m’ont dit  « J’espère pour l’Université que tu seras élu ». C’est le plus bel encouragement que l’on puisse entendre, car l’enjeu n’est pas l’avenir d’une personne, mais celui de toute la communauté universitaire.

Découvrez mon équipe, consultez notre  programme, lisez mes prises de positions sur euliege.be. Que votre choix soit guidé par l’avenir de notre Université !

Bien cordialement,

Pierre Wolper

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Dear Members of the University of Liège,

If I am standing for the election of the Rector with a team united under the banner « Together for the University of Liége », it is the result of a common will to change our University. Each one of us, in our usual work and when holding various offices, came to the conclusion that the University is not moving in the right direction, and that individual resistance was not enough. So, we united our forces.

We want a strong university that shows confidence, that decides without constantly hesitating, that is fair towards all its members, that gives meaning to everyone’s work and that is an example and an inspiration. It is by doing so that it will be able to completely fulfil its mission, serving our students and  our region, and to hold its place in the world.

These last few weeks, many have been those who told me « I hope for the University that you will be elected ». These are the nicest words of support one can hear, for the issue is not the future of one person, but of the entire University community.

Discover my team, our program and read my position statements on euliege.be and let your choice be guided by the future of our University !

Best Regards,

Pierre Wolper

L’Université n’est pas un bilan comptable

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Eric Haubruge et Rudi Cloots ont choisi de ne pas continuer à travailler avec Albert Corhay, mais de se présenter à mes côtés pour l’élection rectorale de cette année. Ils s’expliquent.

Pierre Wolper  


Il y a quatre années, en tant que Vice-Recteurs, nous nous engagions aux côtés du Recteur Albert Corhay pour un mandat de 4 ans. Celui-ci arrive à son terme.

Nous avons toujours voulu une université qui remplisse au mieux ses missions essentielles, mais aussi s’ouvre largement à la société. Nous avons toujours souhaité une université qui convainc de son apport et qui résiste aux pressions qui la condamneraient à terme au déclin dans un rôle étriqué.

Être loyal pour nous, c’est s’engager, c’est continuer à nous battre pour ce modèle d’université, et non faire allégeance à un quelconque candidat recteur qui ne rencontrerait pas nos objectifs.
Tous les deux, nous sommes libres de nos choix, nous sommes prêts à les assumer, nous osons prendre des initiatives, des risques, car c’est l’essence même de notre démarche au profit de l’Institution.

Ces quatre années ont mis clairement en évidence les fractures qui pouvaient exister dans nos visions de l’Université de demain, dans son mode de gestion. Plus qu’un homme, c’est un modèle de gouvernance que nous dénonçons aujourd’hui au travers de notre candidature aux côtés de Pierre WOLPER.
Nous ne voulons plus d’une université où l’angle d’approche stratégique prioritaire est la gestion purement comptable, où la recherche d’une stabilité budgétaire est presque exclusivement basée sur la restriction des moyens, où le rapprochement à outrance avec les hautes écoles, et sans stratégie, rend fragile notre positionnement, et à l’international, et vis-à-vis des autres partenaires universitaires de la Communauté Française. Nous voulons affirmer nos différences, nos spécificités, dans un modèle où chacune et chacun collaborent, s’épanouissent.

L’idée de créer une Faculté d’Education comme espace d’attractivité des étudiants en recherche d’une formation d’enseignant, en réponse au décret, très critiqué (et à juste titre) de la formation initiale des maîtres, est de nature à amplifier les craintes des collègues qui voient dans ce scénario (conçu presque sans l’aval des doyens des facultés) une dilution de la formation disciplinaire qui perdrait de sa substance. Nous n’acceptons pas que la qualité de nos formations soit négociée. La fin ne justifie pas les moyens !

Enfin, le Plan Stratégique Institutionnel, présenté comme un véritable outil prospectif, a sans doute le mérite d’exister. Ce plan a mobilisé presque l’ensemble de la communauté universitaire dans la définition des objectifs prioritaires dans tous les domaines de l’Institution. Nous en avons pourtant fait un recueil indigeste d’un ensemble d’actions qui tendent à apporter des réponses à de trop nombreuses problématiques maladroitement identifiées.
Ce plan stratégique, nous l’avons élaboré, avec le collège rectoral en place (nous assumons notre part de responsabilité); mais nous le voulions plus ciblé, plus circonscrit, à la fois dans le temps et dans l’espace universitaire. Nous arrivons aujourd’hui, dans les domaines de nos compétences (enseignement et recherche), à proscrire certaines approches, à redéfinir les priorités au travers d’une validation institutionnelle par le comité de pilotage du plan stratégique.
Force est de constater que les avancées les plus spectaculaires concernent nos domaines d’expertise au sein du collège rectoral. Nos bilans respectifs démontrent très clairement la ligne qui a été la nôtre tout au long de notre mandat.

Il eut sans doute été plus facile de « reprendre » la route tous ensemble. Nous aurions aussi, l’un et l’autre pu prétendre à la fonction rectorale. Les raisons qui ont motivé notre choix aujourd’hui sont dictées par l’unique volonté d’agir positivement en faveur de l’Université de Liège, dans un contexte qui laisse beaucoup de place à l’espoir et qui mettra l’Institution en 2021 dans une position favorable de négociation de l’enveloppe de financement. Mettre nos compétences au service de l’Institution et non au service d’un seul homme, voilà notre combat !

Eric HAUBRUGE et Rudi CLOOTS

Journal de campagne : le premier débat

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La deuxième semaine de campagne a été marquée par le premier « débat »,  le jeudi 29/3 en soirée. Le déroulement en était très cadré : exposé de 20 minutes par chaque candidat et réponses aux questions groupées par thème, chacun intervenant à son tour. Le temps de parole total des candidats était soigneusement minuté, égalité oblige, mais les échanges directs fermement découragés.

Pour ma part, j’ai trouvé l’exercice plutôt plaisant, le seul inconfort étant quelques tiraillements de l’estomac, dus à un repas postposé après une soirée somme toute fort longue. Le plaisir d’un plat de pâtes partagé en équipe à l’issue du « spectacle » n’en fut que plus grand, dans l’ambiance qui doit être celle d’une troupe de théâtre après une « première » réussie.

Pour introduire ma présentation, j’avais choisi de m’interroger sur l’usage de la méthode scientifique dans un cadre électoral. C’était certes un peu académique, mais répondait très certainement à la demande d’un débat « plus élevé » et était simplement une réflexion sur le peu d’informations fiables et vérifiables dont on dispose en général au moment de voter. Les américains et les anglais en sont progressivement de plus en plus conscients. A l’échelle plus modeste de l’Université, les mots qui plaisent sont tout aussi faciles à trouver et l’essentiel reste de choisir les femmes et les hommes. Pour mieux me connaître, lisez mes écrits et, si le cœur vous en dit, visionnez ma présentation. Cela ne vaut pas un bon feuilleton, mais je m’y livre sans fard. Venez aussi à ma rencontre lors des prochains épisodes (débats).

Journal de campagne : de l’éthique des robots à la démocratie en question

Après les remous suscités par la publication dans La Meuse du mercredi 21 mars d’un article relatant les événements du début de campagne sur l’éligibilité d’Eric Haubruge, je pensais terminer vendredi sur une activité purement universitaire avant de poursuivre samedi avec la belle cérémonie honorant nos docteurs avec thèse et onze nouveaux honoris causa.

En effet, vendredi matin, je suis intervenu à Bruxelles dans un séminaire de formation dont le thème du jour était « Ethics and AI ». Un public attentif, d’autres intervenants captivants, des échanges stimulants, bref du vrai plaisir. De retour à Liège, je tombe dans un débat, moins feutré, sur la démocratie. Des chercheurs s’en inquiètent dans une carte blanche, alors que le Recteur la trouve bien vivante.

La démocratie me tient terriblement à cœur et cela m’a rappelé qu’en février 2017, je me suis exprimé ouvertement, alors qu’il était difficile de le faire, sur une tentative de dérive grave. Mon texte d’alors était écrit sous la forme d’une fable. Je n’ai rien écrit depuis dans ce style, mais si vous avez l’envie de vous y replonger, je vous recommande un texte du Maître du genre : Les animaux malades de la peste.

Chronique d’un programme retardé

Le dépôt des candidatures pour l’élection rectorale de l’Université de Liège s’est clôturé le lundi 12 mars et la commission électorale s’est réunie ce mercredi 14 pour procéder à l’examen des candidatures. Processus qui habituellement se résume à vérifier que les candidats ont bien remis les documents demandés et satisfont effectivement aux conditions d’éligibilité.

Mais, cette fois il y avait une surprise ! Un des candidats, Albert Corhay, avait introduit une réclamation à propos du contenu supposé du programme d’un mystérieux candidat P. Volper. Assez naturellement la commission a conclu qu’il s’agissait de moi, le nom cité étant fort proche du mien. Nul n’est à l’abri d’une erreur mais, par trois fois répétée, celle-ci sortait de la plume du Recteur de mon Université que je côtoie depuis plus de 20 ans et qui a vu mon nom dans des documents des centaines de fois. Je suis un peu vexé, je l’admets. La réclamation ne me concernait pas personnellement, mais bien le fait que j’avais fait état de mon intention de proposer Eric Haubruge comme Vice-Recteur et que cette information ne pouvait pas figurer dans mon programme. Le motif présenté était qu’Eric Haubruge, ayant déjà été deux fois Vice-Recteur, n’est plus éligible pour un troisième mandat.

De fait, mon programme citait Eric comme Vice-Recteur dans ma future équipe. Il a été de 2009 à 2014 Vice-Recteur du site de Gembloux et de 2014 à 2018, Premier Vice-Recteur de l’Université de Liège, désigné par son Conseil d’Administration. La loi dit bien que le mandat du recteur, du ou des vice-recteurs n’est renouvelable qu’une fois. Il faut toutefois se rappeler que le contexte légal a été modifié par de multiples décrets dont : un de 2008, introduisant la possibilité de vice-recteurs « supplémentaires », un autre la même année pour la fusion avec Gembloux et introduisant le Vice-Recteur de site pour Gembloux, élu par le corps académique de Gembloux, et un troisième en 2013, ouvrant le scrutin à l’ensemble du personnel et des étudiants et supprimant le poste de Vice-Recteur désigné par la Faculté de Gembloux.

Le premier mandat de Vice-Recteur d’Eric Haubruge est donc un mandat qui n’existe plus dans l’Université de Liège et, des esprits à la logique visiblement incertaine (dont le mien) n’ont pas vu dans son bien différent mandat actuel de Premier Vice-Recteur, le renouvellement du précédent. Il est d’ailleurs piquant de se souvenir qu’Albert Corhay a déploré qu’Eric Haubruge ne voulait plus se représenter avec lui comme Vice-Recteur pour cette élection.

La question a été tranchée par la commission électorale ce vendredi 16. Préalablement, j’avais transmis une nouvelle version de mon programme où il n’est plus mentionné qu’Eric Haubruge sera proposé comme Vice-Recteur, cette information n’étant ni nécessaire, ni obligatoire. J’ai pu présenter mon point de vue qui ne demandait rien d’autre que la publication immédiate de mon programme, cela en présence du Prof. Ann Lawrence Durviaux, spécialiste en droit administratif, représentante du Professeur Corhay et proposée comme Première Vice-Rectrice dans son programme électoral.   La commission a tranché et sa décision communiquée à la communauté universitaire : mon programme modifié est publié et la commission « prend acte » de l’inéligibilité d’Eric Haubruge à la fonction de Vice-Recteur.

Ce qui me frappe dans cette histoire ne sont pas les aspects légaux, mais les aspects humains. Mon intention de présenter Eric Haubruge comme Vice-Recteur était bien connue depuis au moins un mois, mais personne dans l’Université n’a attiré son attention, ni la mienne, sur ce problème qui est maintenant présenté comme évident. Qu’il soit soulevé par une réclamation introduite au moment du dépôt des candidatures, et avant la publication des programmes, relève de la guerre tactique électorale où l’on tente de saper les concurrents.

Ce n’est pas ma vue d’une élection rectorale où le débat des idées doit dominer. C’est encore moins ma vue des rapports humains au sein de l’Université. Eric est meurtri, se sent brutalement écarté alors qu’il s’est énormément investi pour l’Université. Je partage sa peine et admire le courage avec lequel il poursuit son travail, dès le premier choc passé. Pour lui et pour tous, je me battrai pour que dans l’Université règnent l’éthique, l’humanité et la liberté, ce sont mes valeurs, celles de mon programme et j’en serai le garant, pas en mots mais en actes.

Un programme, un site

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Mon programme officiel pour l’élection rectorale a été déposé. Vous le trouverez ici, ainsi que sur mon site de campagne électorale, euliege.be. Le nom de ce site (Ensemble pour l’ULIEGE) est emblématique de l’esprit dans lequel je me lance dans cette élection. Plus qu’un candidat, qu’une équipe, l’objectif est de mobiliser toute la communauté universitaire autour d’un programme par lequel, ensemble, nous ferons rayonner l’Université de Liège.

Des réponses et des questions

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Sur un site un peu inattendu « mandatdurecteurliege » est apparu récemment un texte qui se présente comme une suite à la carte blanche parue dans La Libre Belgique début décembre 2017. Le texte a clairement pour objectif de susciter le débat et pose des questions aux candidats Recteur. Il s’agit d’une initiative constructive, tout comme le « Livre vert » préparé par le Conseil du Corps Scientifique qui, très naturellement, est lui plus orienté vers des questions relatives à la carrière. Le texte diffusé est assez long et comporte au moins autant de prises de positions que de questions, celles-ci étant déjà nombreuses.

Un débat serait le cadre idéal pour que les idées de chacun ressortent avec finesse et soient bien comprises. En attendant qu’il s’organise, plutôt que de rester muet, je présente mes premières réactions sur les quatre thèmes abordés dans le document. Une analyse plus circonstanciée sera bien sûr aussi développée dans le programme.

Le Recteur et le pouvoir politique

Le Recteur d’une institution très majoritairement financée par les pouvoirs publics a forcément des contacts fréquents avec le monde politique. Il s’agit d’une relation délicate car le rôle du Recteur est à la fois d’obtenir des moyens pour son université et d’intervenir, souvent de façon critique, dans les débats sur les législations et choix proposés en matière d’enseignement supérieur. Heureusement, les objectifs des gouvernements ne sont pas toujours à l’opposé de ceux défendus par l’université, mais il reste essentiel de pouvoir défendre fermement et efficacement la position universitaire, même si cela ne plaît pas forcément au pouvoir en place. Cela exige d’être aussi convaincu que convaincant, toujours sur la base d’un raisonnement solidement étayé et, surtout, de ne pas porter d’entraves à sa liberté.

Le Recteur et la définition de l’université

Le concept d’une université où recherche et enseignement vont de pair et se renforcent mutuellement est déjà ancien. Régulièrement critiqué, il reste néanmoins la référence jamais détrônée. Le modèle étant établi, reste à optimiser sa mise en œuvre. Là aussi les ingrédients essentiels ne sont pas bien mystérieux : la bonne gestion des recrutements et promotions, un cadre de travail combinant support et liberté, des objectifs clairs et partagés, un minimum de tracasseries perturbantes et des moyens suffisants. Ce dernier point est souvent le plus difficile à garantir vu les contraintes du système de financement en FWB, mais les autres ingrédients n’exigent rien de plus que la volonté de les mettre en œuvre. L’absurde est que, quand les moyens manquent, on a tendance à restreindre la liberté et augmenter les tracasseries, ce qui déclenche une spirale infernale. C’est un peu comme ce qu’on peut observer dans l’économie où des politiques trop restrictives transforment parfois une perturbation en dépression profonde. Au contraire, en période de crise, la confiance, la solidarité, un agenda clair et transparent sur des priorités partagées permettent de mobiliser les énergies et de ressortir plus fort.

Le Recteur et la gestion de l’institution

Gérer une institution de 5.000 personnes accueillant 23.000 étudiants n’est forcément pas toujours simple et les problèmes ne manquent jamais. Dans cette tâche, l’écoute et la concertation sont des aides précieuses, pour tout dire indispensables. Il faut laisser s’exprimer les idées et ouvrir le débat. Par contre, trop de structures ou d’organes, la multiplication des procédures sont une surcharge délétère ; ils font aussi que très souvent on ne décide pas, ou que l’on s’en tient aux choix les plus conservateurs. Les règles ou formules simplistes appliquées uniformément dans l’institution évitent les discussions de fond, mais sont un vrai danger. En procédant de la sorte, on ne gère plus et, le plus souvent, on se contente de propager les situations et les erreurs du passé. Une université ne se gère pas non plus comme une entreprise, son rôle et son mode de fonctionnement sont trop différents. La rentabilité de la production de savoir et de la formation ne se mesure pas. Ce sont des processus qui se construisent dans le questionnement et l’expérimentation et où l’essentiel est de mobiliser son personnel pour avancer avec audace.

Le Recteur et la communication

Le Recteur donne une image de l’institution, en interne, mais aussi en externe où il est un interlocuteur privilégié portant la réputation et la crédibilité de son université. C’est donc un rôle essentiel que l’on ne peut négliger. Plus généralement, il en va ainsi de la communication institutionnelle. S’il y a une vision claire et largement partagée du rôle de l’institution et de l’image qu’elle veut projeter, les choix se font naturellement. C’est aussi par la communication tant interne qu’externe que se (re)construit une communauté universitaire.

Candidature: Articles de presse

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Deux articles de presse récents dans  Le Soir et  La Meuse parlent de ma candidature au Rectorat de l’Université de Liège. Les titres sont accrocheurs avec des termes comme « OPA » et « Alliance pour contrer » et, dans le texte, on voit apparaître des mots aussi forts que « trahison », c’est bien sûr la règle du genre.

Au-delà des mots, ces articles portent des messages importants. Tout d’abord, l’Université de Liège est une institution qui ne laisse pas indifférent et l’élection d’un Recteur n’est pas vue comme un événement anodin. Cela se comprend, l’Université joue un rôle crucial et n’est plus un paquebot naviguant en eaux paisibles. Elle est à la croisée de chemins et fait face à de nombreux défis. Dans ce contexte, le capitaine et son équipage ont clairement un rôle crucial.

Ensuite, la diversité des parcours de l’équipe qui me soutient interpelle, en particulier en ce qui concerne les deux Vice-Recteurs du Recteur actuel. S’ils me rejoignent c’est que toute l’équipe partage une vision. La vision d’une université unie, forte et rayonnante qui remplit pleinement son rôle et veille au bien-être de ses étudiants, comme de son personnel. Cette vision rassemble et que je puisse la porter avec un tel soutien est pour moi un grand honneur. Si c’est cela une « OPA », les banquiers d’affaires seraient tous au chômage.

Remarquons enfin que « trahison » est un mot fort annonçant un danger. Un danger certainement quand c’est à des idéaux et des valeurs que la fidélité fait défaut. Un grave danger pour la démocratie lorsque c’est prendre position et s’exprimer librement qui est qualifié de « trahison ». L’histoire est là pour nous le rappeler.

Une équipe, une histoire : continuité, rupture et rassemblement

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L’équipe a déjà une longue histoire :

  • celle de liens consolidés durant des années, en se côtoyant dans l’université, dans ses conseils ou commissions, dans des fonctions à responsabilités et dans de l’interdisciplinarité qui n’était pas qu’un slogan ;
  • celle de points de vue parfois discordants et de débats animés, mais toujours respectueux, d’échanges, de collaborations, où tous se sont retrouvés dans la découverte des qualités de l’autre ;
  • celle d’engagements pour l’Université de Liège, d’une vaste expérience accumulée et de défis que nous voulons continuer à relever. Continuité.

L’histoire est aussi celle d’examens de conscience, de doutes, de remises en cause de choix posés, d’interrogations sur ses forces et faiblesses et du courage de renoncer par conviction au confort du silence complaisant. Rupture.

C’est enfin le regroupement derrière des objectifs partagés, où chacun trouve le rôle qui lui convient, mais où l’essentiel est de travailler unis pour l’Université de Liège. Rassemblement.

Ce rassemblement est ouvert ! Certains ont un rôle précis comme décrit ci-dessous, mais rejoignez-nous et portons le projet d’une université rayonnante, bâtie sur la force de l’enthousiasme de ses membres et veillant à leur bien-être !

 Ensemble pour l’Université de Liège !

 Autour de Pierre Wolper, Recteur, cinq Vice-Rectrice/Recteurs auront en charge

  • l’enseignement et le bien-être : Anne-Sophie Nyssen,
  • la recherche : Fabrice Bureau,
  • l’organisation interne, l’image et le positionnement institutionnels : Jean Winand,
  • l’innovation, le développement régional et les relations internationales : Eric Haubruge,
  • les infrastructures, la politique immobilière et les finances : Rudi Cloots.

Des Conseillers épauleront l’équipe rectorale pour des domaines importants :

  • Vincent D’Orio pour la santé et les affaires médicales et hospitalières,
  • Philippe Hubert pour la qualité et l’évaluation.

Candidature

Dans un environnement en évolution rapide impliquant de nombreux défis, l’Université de Liège doit, plus que jamais, aller de l’avant dans un esprit constructif et de coopération. Ainsi, fort du soutien des personnes reprises ci-dessous, qui ont accepté avec enthousiasme de travailler avec moi et de mettre leur expérience au service de l’Université, je serai candidat à l’élection rectorale 2018.

 Pierre Wolper

Anne-Sophie Nyssen       Philippe Hubert        Eric Haubruge
Vincent D’orio     Jean Winand      Rudi Cloots      Fabrice BureauIMG_1674 recadree

Retour à l’essentiel

En anglais, l’expression « Back to Basics » est à la fois parfaitement claire et portée par une agréable allitération. La formule est difficile à reproduire en français bien que l’on pourrait tenter « Priorité au Primordial ». Vu le sujet, j’ai toutefois choisi un titre simple, naturel et clair plutôt que de favoriser la tournure de style.


Le nombre de nouveaux étudiants inscrits est suivi quotidiennement avec minutie, les rankings sont surveillés et analysés dès leur parution, les futures règles de financement font l’objet de spéculations angoissées et d’une analyse financière poussée, la comparaison avec les autres universités est constante, … en bref, tous les paramètres de l’Université sont étroitement surveillés avec la diligence d’un hypocondriaque anxieux.

Dans cet état d’esprit, toute variation suspecte d’un paramètre exige une réaction : on s’inquiète, on consulte, on cherche l’organe (la faculté) responsable, on propose des mesures de prudence, on crée un groupe de travail, on renforce la surveillance des indicateurs, on investit dans la promotion et la communication et, surtout, le niveau général d’inquiétude monte. Mais, l’Université est-elle malade ou maladivement hypocondriaque ?

Gérer rationnellement une institution est impossible sans connaître sa situation que ce soit sur le plan financier ou du recrutement étudiant. On ne peut ignorer que nous vivons une période de changements avec ses menaces, ses opportunités et toutes les questions et choix qui en découlent. Nous dépendons largement d’un pouvoir politique interventionniste et dont l’orientation et les options pourraient rapidement changer. Il y a de quoi arriver à un état de préoccupation obsédante et réagir frénétiquement à tout signal perturbant par des mesures superficiellement rassurantes, que ce soit de nouvelles évaluations, de nouvelles structures internes, des restrictions, ou encore de nouvelles règles et procédures.

Mais, la combinaison toxique d’actions (forcément stratégiques), de la concurrence interne face aux restrictions et de préoccupations existentielles fait oublier la clé du succès et de la pérennité de l’Université : un enseignement de qualité, une recherche performante et une implication constructive dans la communauté qui nous entoure, en bref bien réaliser nos missions essentielles. Une université qui remplit bien, très bien, son rôle apporte tellement que l’irrationalité politique qui mènerait à la priver dangereusement de moyens n’est pas imaginable.

 « Bien réaliser ses missions » est facile à dire, mais comment y arriver ? Bien plus qu’un plan détaillé, travailler et décider en ayant toujours cet objectif à l’esprit nous mènera loin. Cela veut aussi dire permettre à chacun de travailler dans la coopération plutôt que la concurrence, dans la confiance plutôt que le contrôle, dans le plaisir du travail bien fait plutôt que la comptabilité des résultats. Idéaliste, peut-être, mais irréaliste certainement pas. Les membres de l’Université ont de grandes compétences, ne les étouffons pas, mais libérons leur potentiel pour nos missions essentielles qui sont aussi leur motivation. C’est ainsi que les problèmes se résoudront et que nous progresserons, y compris dans les rankings.

Malaise

Un texte publié sur le site de La Libre Belgique ce lundi 4 décembre [1], et signé par 124 de ses membres, présente l’Université de Liège comme la juxtaposition de deux universités qui ne se comprennent pas et vivent dans un malaise profond. Il y a différentes façons d’interpréter ce schisme universitaire. On peut le voir comme l’opposition entre la volonté de progrès et la nostalgie du passé, comme l’incompréhension entre disciplines et filières « utilitaires » et celles réputées être « purement académiques », comme le rejet des techniques managériales par des universitaires englués dans leurs traditions, ou encore comme le reflet d’un malaise bien plus large qui a envahi non seulement l’enseignement supérieur, mais toute la société.

Plutôt que de faire l’analyse de ce texte élégant mais dérangeant, je voudrais simplement partir du constat difficilement contestable que le malaise est bien réel et faire un premier examen tout personnel de ses causes.

Certaines sont externes à l’Université de Liège et touchent de façon similaire tout l’enseignement universitaire francophone de Belgique. Il y a tout d’abord la situation schizophrénique induite par la contradiction totale entre la pression à la collaboration, maintenant personnalisée par l’ARES, et les règles de financement qui poussent à une concurrence féroce. Il y a aussi une certaine frénésie législative qui de réforme en réforme nous plonge dans un « paysage à la sauce bolognaise » qui n’a ni le charme de nos campagnes, ni la saveur de la cuisine transalpine. Tout cela peut se résumer en la constatation trop souvent vérifiée que moins un pouvoir politique a de moyens à consacrer à ses universités, plus il les inonde de règles.

Regardant maintenant à l’intérieur, il faut bien constater que les défauts du contexte externe y sont trop souvent reproduits avec notamment la menace, heureusement peu concrétisée, de répartir les ressources entre facultés suivant les modalités de la distribution entre universités. Cette menace suffit largement à créer un vrai malaise et la coopération interne s’en trouve immanquablement freinée, au détriment de tous.

Sur un autre plan, la prise de décision interne s’est aussi largement complexifiée, ce qui ne la rend ni plus juste, ni plus transparente, mais se paie en lourdeurs et délais générateurs de stress. Prenons à titre exemple la confirmation à titre définitif d’un membre du corps académique qui implique deux procédures séparées impliquant au moins 7 organes internes.

Aussi, le message sur le positionnement et les priorités de l’Université est particulièrement brouillé. La lecture du plan stratégique laisse sans réponse la question de savoir ce qui n’est pas stratégique avec pour conséquence la crainte largement répandue d’être, sans le savoir, dans cette catégorie menacée. La communication dans laquelle on a beaucoup investi en cette année du bicentenaire a son utilité, mais contribue au malaise quand l’investissement est concomitant à la suppression de postes d’assistants qui sont au cœur des missions de l’Université.

Il n’est pas nécessaire d’aller plus loin pour comprendre le malaise, et je conclus avec les auteurs de la lettre qu’il est temps de construire pour l’Université de Liège un projet qui inspire et rassemble.

 

Vote électronique?

Lors de sa séance de novembre 2017, Le Conseil d’Administration de l’Université de Liège a décidé de revoir la procédure de vote pour les prochaines élections rectorales, s’orientant vers un vote en bureau de vote avec isoloirs, selon des modalités encore à préciser. C’est un grand pas dans la bonne direction, reste à choisir des modalités qui satisfassent toutes les exigences d’un système de vote démocratique, … et que tous les électeurs en soient convaincus.

Voici le texte que j’avais rédigé à ce sujet.


Quand le vote électronique est inacceptable

En 2014, le mode d’élection du Recteur de l’Université de Liège a été profondément modifié. Précédemment, le Recteur était élu par le corps académique qui se réunissait en un seul lieu pour procéder à des tours de votes successifs jusqu’à ce qu’un professeur éligible obtienne les 2/3 des suffrages. Le vote se faisait sur papier et le temps de dépouillement de chaque tour était l’occasion de discussions allant de l’anodin au conciliabule électoral stratégique.

Pour l’élection de 2014, le corps électoral a été étendu à tous les membres de l’Université, étudiants compris, avec un poids électoral distinct pour chaque catégorie de personnel (académique, scientifique, technique et administratif) et pour les étudiants. On peut certainement débattre longuement sur les avantages et inconvénients des systèmes ancien et nouveau, mais le but ici est d’examiner un autre changement concomitant : le passage au vote électronique.

La motivation du passage au vote électronique était essentiellement pragmatique, l’extension du corps électoral rendant de toute évidence une élection traditionnelle avec bulletins papiers et bureaux de vote nettement plus lourde à organiser. Plus lourde, mais certainement pas impossible, l’Université de Mons opérant suivant des règles électorales identiques avait choisi de voter selon la méthode traditionnelle.

Le caractère pratique du vote électronique est indéniable, son défaut est qu’il n’offre pas les mêmes garanties qu’un vote papier traditionnel. Pour qu’une élection puisse être considérée comme démocratique, elle doit satisfaire un certain nombre de caractéristiques :

  • seuls les électeurs légitimes peuvent voter, et ils ne peuvent voter qu’une fois ;
  • le vote est anonyme, c’est à dire qu’il est impossible de savoir comment un électeur individuel a voté ;
  • le vote se fait sans contraintes, l’électeur ne peut être surveillé au moment de son vote, ni avoir par la suite la possibilité de prouver comment il a voté à quelqu’un qui pourrait lui nuire, le favoriser ou l’acheter ;
  • le décompte des votes est contrôlé et peut être vérifié indépendamment.

Une caractéristique tout aussi importante que les précédentes est le fait que l’électeur soit convaincu que la procédure de vote y satisfait. A défaut, il y a le risque que certains n’expriment pas un vote conforme à leur conviction et/ou qu’il y ait contestation du résultat.

Force est de constater que le système mis en place en 2014 ne satisfait qu’imparfaitement ces caractéristiques. Sans même envisager un piratage délibéré du système, il faut bien admettre que chacun n’est pas toujours rigoureux dans la gestion des identifiant et mot de passe servant à établir son identité. De plus, la seule garantie disponible sur les autres caractéristiques du système est la confiance que l’on peut avoir vis-à-vis de ceux qui l’ont mis en place et en l’absence d’interventions malicieuses pour corriger le décompte ou rompre l’anonymat. Personnellement, je suis convaincu que tout s’est passé correctement en 2014, mais il faut bien admettre qu’il s’agit ici d’une conviction qu’il est impossible de faire partager à d’autres par des arguments rationnels. Il s’agit là d’une faille majeure, car peut-on voter en toute indépendance si on doute du respect de l’anonymat dans l’élection d’une personne qui pourra avoir une influence certaine sur l’évolution de sa carrière, par exemple dans le cadre d’une procédure de promotion ?

Les chercheurs en informatique et en cryptographie se sont beaucoup intéressés au problème et diverses solutions ont été proposées. Elles sont complexes, difficiles à mettre en œuvre, souvent dépendantes d’une autorité de certification fiable et surtout, impossible à expliquer à l’électeur non spécialiste à qui on demandera de se fier à un processus qu’il ne comprend pas, ainsi qu’à la mise en œuvre qui en est faite. Ce ne serait donc guère une solution. On peut imaginer des solutions mixtes par exemple une procédure présentielle qui permet d’obtenir un identifiant de vote anonyme avant le vote électronique. Mais alors, le coût est quasi le même que pour une élection traditionnelle et l’absence de contraintes lors du vote n’est pas solidement garantie. La seule solution robuste est d’en revenir au vote papier traditionnel.

 

La démocratie des idées : manifeste pour un renouveau de l’Université de Liège

Expression que j’ai récemment découverte lors d’une conférence sur la transformation des organisations, « la démocratie des idées » évoque avec une élégante simplicité une vision à laquelle je souscris : les idées s’expriment, se font concurrence et celles qui convainquent le plus sont choisies, menant au progrès.

Vu de l’extérieur, la confrontation des idées, parfois à l’excès, paraît être la norme dans le monde universitaire. Ce l’est largement dans la recherche, bien qu’il faut reconnaître que, de tous temps, les idées en rupture avec la pensée dominante ont toujours exigé temps et persévérance pour s’imposer. En est-il de même dans la gestion de notre université ? A première vue, certainement : il y a même pléthore d’assemblées délibératives à la composition savamment dosée pour que chaque composante de la communauté universitaire y soit adéquatement représentée. La réalité est pourtant que débat, il n’y a presque pas.

Mon analyse est que cela est dû à une déférence craintive à l’autorité amplifiée par un contexte de pénurie chronique des moyens. Trop souvent, avant de s’exprimer dans une de nos assemblées, on pense aux moyens financiers ou humains que l’on essaie de ne pas perdre, à la promotion que l’on désire, aux examens que l’on doit réussir, ou encore à la fonction que l’on brigue. Dans cet état d’esprit, la peur de déplaire à l’autorité prend le pas sur l’expression ouverte de divergences d’opinions, même solidement motivées et constructives.

Le silence n’est pas total et j’espère faire partie de ceux qui s’expriment et prennent position dans le but de faire progresser notre université. Je n’y vois aucun mérite, mais c’est peut-être inconséquent. Un membre du conseil d’administration de l’Université me disait après que je fus intervenu lors de la présentation d’options stratégiques : « je suis d’accord avec toi, mais je ne peux pas le dire ». Sa préoccupation n’était pas personnelle, mais clairement la crainte de nuire à l’entité à laquelle il est associé. Ce sont des mots que je n’arrive pas à oublier.

Nos structures de gouvernance sont affaiblies par le manque de débats ouverts, et cela nuit gravement à l’Université. On pourrait tout revoir, mais les grands chantiers ont une fâcheuse tendance à s’éterniser et le problème est immédiat. Alors pour cette 201e année de l’Université de Liège, j’ai choisi de m’exprimer librement et régulièrement sur ce blog à propos de questions centrales de politique universitaire. J’espère être lu, mais surtout contribuer à relancer le débat. L’Université de Liège est face à de nombreux défis et, en cette année charnière, ne pourra les relever sans remises en cause et émergence d’une vision construite dans l’échange. Vive la démocratie des idées !

 

The only thing we have to fear is…fear itself. F.D. Roosevelt

 

Maîtriser la puissance : discours prononcé lors de la cérémonie de mise à l’honneur des diplômés de la Faculté des Sciences Appliquées

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Pour un ingénieur, la puissance est une notion physique, en principe bien comprise, qui correspond à l’énergie produite ou consommée par unité de temps. Elle se mesure en watts et ses multiples : le milliwatt ou même le microwatt pour l’électronicien ; le kilowatt pour le mécanicien ; le mégawatt ou encore le gigawatt pour l’énergéticien.

L’histoire de nos disciplines pourrait être caricaturée en une course à la puissance : des premières machines à vapeur de James Watt lui-même, nous sommes arrivés aux énormes centrales nucléaires ou hydroélectriques et à la fusée Saturn V qui a permis à des hommes d’atteindre la lune.

Plus de puissance est souvent désirable et désiré, c’est ce qui, au sens physique littéral, permet de faire plus de travail en moins de temps. Ainsi, beaucoup sont fascinés par les voitures de sport qui permettent d’atteindre (et de dépasser) la vitesse limite en étant collé à son siège pendant une poignée de secondes exaltantes.

Mais, la puissance doit être maîtrisée. Si l’accélération est exaltante, la décélération brutale contre un obstacle se fait avec une puissance encore bien supérieure et trop souvent mortelle. Sans maîtrise, pas d’utilité. C’est le cas notamment de l’énergie thermonucléaire que, tant qu’à présent, nous n’avons réussi à produire que lors d’explosions dégageant une quantité massive d’énergie, mais en trop peu de temps pour qu’elle puisse servir à autre chose que la destruction. Il y a d’ailleurs là une terrible frustration des mondes scientifiques et technologiques, ce qui explique probablement l’ampleur des moyens investis dans la poursuite obstinée du rêve de la fusion contrôlée.

En dehors de la science et des technologies, le mot « puissance » a un sens commun exprimant la capacité à réaliser, ou à imposer, des objectifs. On parle d’un homme puissant, on dit d’un pays qu’il est une grande puissance. Dans ce sens, le mot est proche du terme « pouvoir ». Les deux se traduisent d’ailleurs en anglais par le même mot : « power ».

Revenant aux technologies, on y trouve aussi le terme « puissance » dans son sens commun. On parle par exemple de « puissance de calcul ». Et ce n’est pas un hasard. Nos modèles et nos algorithmes nous permettent de prévoir par le calcul. Et la capacité de prévoir donne de la puissance. De la même façon accumuler les informations, les conserver, les analyser et les exploiter permet, selon le cas, de prédire le temps qu’il va faire, ou ce que nous allons avoir envie d’acheter, de lire ou de regarder. C’est ce que font des sociétés comme Google, Amazon ou Facebook actuellement parmi les plus puissantes au monde. Et, quand une telle puissance existe, il faut la gérer et la maîtriser.

Chers nouveaux diplômés, qu’est-ce que tout cela a à voir avec vous ? Vous venez de terminer des études, vous avez acquis des connaissances et des compétences. Cela vous donne une capacité d’agir, de réaliser, de convaincre, autrement dit une certaine puissance, un certain pouvoir. Cette puissance et ce pouvoir vont fort probablement croître au cours de votre carrière par la multiplication de vos connaissances et de vos contacts. Vous serez probablement amenés à diriger d’autres personnes, étendant ainsi plus encore vos capacités d’action.

Avoir du pouvoir est souvent vu comme enviable, mais est aussi une grande responsabilité. Le pouvoir permet beaucoup, mais il est tentant de l’utiliser à mauvais escient ou d’en abuser. Il ne faut pas regarder bien loin d’ici pour en avoir des exemples récents. Remonter dans l’histoire est loin d’être rassurant. Au cours des siècles, l’homme a développé sa puissance et combien de fois n’a-t-elle pas été utilisée pour détruire et tuer. Le bulletin collectif de l’humanité est loin d’être brillant.

Alors, mon message aujourd’hui est que votre diplôme, votre formation que nous célébrons n’auront de sens que si vous arrivez à maîtriser et bien utiliser le pouvoir que vous avez acquis.

Les médecins prêtent un serment relatif au bon usage de leurs connaissances et du pouvoir qu’elles confèrent. Ce n’est pas dans nos habitudes, mais je voudrais que vous reteniez quelques messages concernant le pouvoir que nous vous avons aidés à acquérir.

Ne le laissez pas dormir ! L’inaction, le silence sont un confort illusoire et un gaspillage de vos capacités.

Utilisez-le pour des objectifs auxquels vous croyez ! Il n’y a pas que les grandes réalisations qui comptent. Chaque action prend toute son importance si on est convaincu que l’on agit à bon escient.

N’en abusez pas pour vous même ! Plus on a d’avantages, plus il est facile d’en obtenir plus. Demandez-vous toujours si ce que vous faites est juste.

N’en abusez pas envers les autres ! Nul ne se grandit en écrasant ceux qu’il contrôle.

Ne vous laissez pas prendre par l’euphorie ! Le pouvoir est enivrant, plus on en a, plus on en veut. C’est là que la maîtrise prend toute son importance.

Abraham Lincoln a dit : « Nearly all men can stand adversity, but if you want to test a man’s character, give him power. » Je traduis : « Presque tous les hommes peuvent supporter l’adversité, mais si vous voulez tester le caractère d’un homme donnez lui du pouvoir. »

Au cours de vos études, vous avez passé de nombreux examens et autres épreuves. Maintenant, il vous reste un test à réussir tout au long de votre vie. Il est loin d’être insurmontable et personne ne vous mettra de note, mais il sera toujours à recommencer. Vous avez un beau titre universitaire en poche, reste à mobiliser votre capacité d’action pour toujours contribuer positivement partout ou vous serez, dans votre famille, parmi vos collègues proches, dans un poste de direction, ou simplement comme femme ou homme vivant sur cette terre.

Je vous ai vu pendant vos études, travailler, collaborer, vous impliquer, apprendre et évoluer. Alors, sans hésitation, je conclus en vous disant simplement que j’ai confiance en vous !

Gouvernance

Un billet radiophonique récent et un message du Recteur à la communauté universitaire de l’ULg soulèvent la possibilité d’une prolongation à 6 ans, au lieu de 4, de la durée du mandat du Recteur actuel. Prolonger un mandat électif en cours transgresse une règle fondamentale de la démocratie, l’impossibilité de changer les règles pour conserver le pouvoir.

 Même si, dans un contexte universitaire, le risque de dérives graves paraît limité, l’Université se doit d’être exemplaire et ne peut se permettre ce qui, dans un contexte international de montée du populisme et de mise en cause des institutions, serait un précédent dangereux. Pour illustrer ce propos, j’ai choisi la forme d’une fable.

 

      Pierre Wolper


 La brèche

Début 2019, une grande et puissante république n’a pas retrouvé sa grandeur. Et pourtant, le Président l’avait promis ! Rien n’y fit : arrêt de l’immigration, tarifs douaniers, pressions sur les entreprises, grands projets d’investissements, … des mesures sont tombées chaque semaine, mais la situation n’a pas arrêté de se détériorer, les manifestations de se multiplier et l’inquiétude de monter. Et, 2020 est l’année de l’élection ! Impensable de ne pas être réélu et de se retirer sur un échec ! Pourtant le risque est grand et le système électoral complexe est difficile à manipuler. Que faire ?

Un conseiller du Président propose de prolonger le mandat de 2 ans. Cela laissera le temps aux grands investissements en infrastructures, que l’on va décupler, d’avoir un effet visible et à la fille du Président d’être prête à prendre le relai. Nul n’est éternel et il n’y a que les dynasties pour traverser les siècles. « Génial, s’exclama le Président, ma dynastie gouvernera cette nation pendant mille ans et dominera le monde. Je suis et serai pour toujours le maître du monde. »

Les objections fusent : on ne peut pas changer la durée du mandat comme cela, il y a les tribunaux, la cour constitutionnelle ; il y aura des manifestations, peut-être même violentes. Le conseiller reprend en proposant un référendum. « Super, dit le Président, une question simple suffit : moi, ou le chaos. Je saurai les convaincre, je ne me ferai pas avoir comme ce prétentieux de Cameron ou ce latin dégénéré de Renzi ! Si jamais je perds, je dirai qu’il y a eu fraude, on revotera et on comptera correctement les voix !»

Mais que feront les gouverneurs ? Certains briguent la présidence. Le Président s’esclaffe : « Je les tiens par les c… aucun ne voudra prendre le risque de perdre mes investissements en infrastructures.
– Oui, mais il nous faut un précédent, repris un conseiller encore légaliste.
– Et bien, cherchez-en un, bande de nuls », conclut le Président.

Et, on chercha et chercha le précédent. Enfin, il fut trouvé. Il était insignifiant, il s’agissait d’une ancienne institution d’une petite région d’Europe. Pourtant, le Président jubilait : « Ca je pourrai leur envoyer à la figure à ces européens donneurs de leçons, cela s’est passé si près de leur capitale. »

Le référendum eut lieu, le Président gagna et un grand pays de liberté devint un sombre empire ralliant tous les tyrans du monde.

La liberté et la démocratie sont fragiles. Le premier petit coup qu’on leur porte paraît bien innocent, mais c’est le plus dangereux car il ouvre la brèche. L’histoire nous a appris où cela peut mener.

 

 

 

 

Du cocon universitaire au monde réel : Discours prononcé lors de la cérémonie de mise à l’honneur des diplômés de la Faculté des Sciences Appliquées

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Oui, l’Université est un cocon. Pas qu’on y soit à l’abri de toute préoccupation : il y a bien sûr celle de « réussir », je dirais plutôt « apprendre », la réussite n’en étant qu’une conséquence. D’autres soucis sont aussi trop souvent présents, qu’ils soient d’ordre matériel, relationnel ou émotionnel.

Néanmoins, l’Université est un monde protégé, où ce qui est attendu de vous est parfaitement précisé (un engagement pédagogique précis existe pour chaque cours), les règles sont très, même trop, codifiées bien que fréquemment revues, et vous avez sans problème accès aux ressources et équipements nécessaires à vos études.

Vivre dans un cocon est confortable, mais nous vous avons déjà encouragés à en sortir ne fût-ce qu’un peu, par un stage en entreprises ou un séjour Erasmus à l’étranger. Cela ne peut que faciliter l’adaptation lors de la sortie définitive du cocon.

Le monde que j’ai qualifié de réel en est-il pour autant inquiétant, voire effrayant ? Chacun répondra à cette question selon son caractère, mais une chose est sûre, c’est qu’en sortant du cocon on est confronté à de nombreuses questions. Il y a d’abord des questions personnelles : Quelle carrière (les possibilités sont multiples pour vous) ? Quelle vie familiale et personnelle ? Partir à l’étranger ou commencer sa carrière sur place ?

Il y a aussi des questions plus larges qui concernent la société en général, mais qui vous toucheront plus ou moins directement. En voici quelques-unes :

  • L’impact des technologies sur le monde du travail et l’organisation de la société ;
  • L’évolution économique tant aux niveaux, régional, national, européen que mondial ;
  • Les conséquences de l’allongement de la vie et du vieillissement de la population ;
  • Les migrations qu’elles soient causées par les conflits, les difficultés économiques, ou les changements climatiques.

Je dois vous avouer qu’en énumérant cette liste, je suis inquiet.

Je suis inquiet, non pas parce que ces problèmes sont insurmontables. Ils peuvent être gérés, surtout si on n’oublie pas que le progrès des connaissances et des technologies est au cœur des solutions. Mais,

Je suis inquiet quand une campagne mensongère mène à un Brexit dont les conséquences n’ont pas été sérieusement évaluées.

Je suis inquiet quand le nationalisme, voire le régionalisme, sont portés comme solution aux problèmes du monde. Cette tendance ne nous épargne pas, pensons au débat sur le CETA Canada-UE.

Je suis inquiet quand, sous le couvert de démocratie, des référendums, forcément simplificateurs sont organisés pour servir les intérêts personnels de dirigeants, à quelque niveau que ce soit.

Je suis inquiet quand nous oublions que nous sommes tous de descendants plus ou moins lointains de migrants et que nous ne voyons que les problèmes, certes réels, des migrations sans en voir le côté positif.

Je voudrais souligner que la Faculté accueille de plus en plus d’étudiants internationaux, ce qui est pour tous une source de découvertes et de richesse intellectuelle.

Je suis inquiet quand, dans la plus grande puissance mondiale, les contre-vérités et insultes dominent la campagne électorale.

Mais quand je regarde cette salle et que je vous vois, vous nos nouveau diplômés, à l’inquiétude se substitue une vision positive de l’avenir. Je vous ai vu étudier et travailler, jour après jour, vous impliquer dans des projets, apprendre, entreprendre et toujours avoir la volonté de comprendre pour mieux agir. Vous vous êtes formés à analyser, décrire, modéliser, imaginer, créer et valider, certes dans des domaines techniques, mais cela a développé en vous des compétences applicables bien plus largement. Alors, voici les messages avec lesquels je voudrais que vous quittiez cette cérémonie.

 

Soyez curieux et continuez à apprendre ! Cela s’applique bien sûr à votre domaine de spécialisation, mais ce qui est essentiel est de regarder bien au-delà. Comprendre le contexte dans lequel on vit et travaille est essentiel pour agir efficacement. L’ingénieur qui ne sait pas situer ce qu’il fait dans le contexte de son entreprise ou de l’économie internationale est en danger. L’informaticien qui ne comprend pas les changements profonds induits par ses créations n’en recueillera pas les bénéfices. Ouvrez-vous au monde.

Soyez guidés par des valeurs ! A vous de les choisir, mais il y en a une que j’espère vous adopterez : chaque être humain, quel que soit sa fonction, son rang ou son origine mérite la même considération et le même respect. Le mépris est une tache sur celui qui l’exprime pas sur celle qui en est l’objet.

Soyez des acteurs de la société ! Utilisez vos compétences, non seulement dans votre spécialité, mais aussi pour participer aux débats de société et à la vie collective. N’abandonnez pas la communication aux chantres des vues simplistes et aux porteurs de contre-vérités.

Soyez audacieux ! Vous vivrez dans un monde en changement, ou il n’y aura pas de certitudes. Ce qui paraît prudent aujourd’hui sera peut-être une folie demain. Alors, n’hésitez pas à sortir des voies toutes tracées. Et surtout,

Soyez modestes ! Il n’y a pas de meilleur chemin vers l’erreur que de se croire un génie et d’être fermé à l’avis des autres ! N’oubliez pas cela, si vous êtes un jour dans un poste de responsabilité et de pouvoir.

L’Université et la Faculté qui vous a formé restent à vos côtés. Mais, maintenant vous en êtes les partenaires, apportant tout autant que recevant. Cela a été un privilège pour nous de vous accompagner au début de votre route de vie, je vous la souhaite longue, heureuse et prospère et j’espère que vous serez toujours fiers d’avoir fait un bout de chemin avec nous.